Archives mensuelles : février 2009

Les taliban obtiennent enfin leur parc d’attractions

La semaine dernière, le gouvernement pakistanais a capitulé devant les taliban, leur accordant la pleine administration d’une région, loi islamique comprise.

« La charia pour la paix ». C’est sous titre, à quelques variations près, sans même un point d’interrogation, que de nombreux journaux a travers le monde ont commenté l’ultime concession du gouvernement pakistanais aux talibans qui grignotent son territoire : l’application complète de la charia dans la vallée de Swat, en échange de l’arrêt des combats. L’idée n’est pas neuve. Et elle a fait ses preuves…

Le 18 mai 2008, le gouvernement local de la Province de la Frontière du Nord-Ouest avait déjà signé un accord avec les groupes taliban. Contre un cessez-le-feu, la charia serait appliquée dans sept zones : Malakand, Swat, Shangla, Kohistan, Le Bas Dir, le Haut Dir et Chitral. 45% de la province est cédée aux taliban, en charge désormais de l’administrer. Mais comme les combats n’ont jamais cessé, l’armée pakistanaise était restée présente et la charia n’était appliquée que lorsque les gros bras taliban le décidaient.

Néanmoins, en respect des accords, dès le mois de juin 2008, a tous les étages de l’administration, comme dans les commissariats ou les tribunaux, des responsables taliban étaient disponibles pour « aider » à ce que les décisions soient prises en conformité avec la charia. Les juges qui n’auraient pas une « bonne » connaissance de l’islam devaient laisser la place à des juges adeptes de la loi islamique. Les tribunaux devenant habilités à rendre la justice selon la loi des taliban : amputation de la main, coups de fouet, lapidation. Et, malgré la poursuite des combats, les procédures judiciaires concernant 524 activistes taliban de la région furent abandonnées.

Le détail des négociations à Swat et Malakand fût connu en septembre. Un accord de 14 points avait été conclu entre les représentant du mollah Fazlullah et les représentants de la province. 1- Imposition de la charia sur les deux districts. 2- Retrait progressif de l’armée pakistanaise 3- Echange de prisonniers entre le gouvernement et les Taliban. 4 – Les talibans reconnaissent la légitimité du gouvernement et acceptent de coopérer. 5- Les talibans cessent toutes mesure de représailles contre les barbiers et les vendeurs de musique. 6 – Les talibans ne peuvent pas montrer leurs armes en public. 7- Les talibans ne peuvent pas posséder de lance roquettes ou de mortiers. 8- Les talibans ne peuvent pas avoir de camps d’entrainement. 9- Les talibans doivent dénoncer les operation suicide. 10- Il est interdit de financer une milice privée. 11- Les talibans doivent coopérer totalement avec le gouvernement pour vacciner contre la polio. 12- La Fadlulalah madrassa, l’école coranique Taliban, doit devenir une université islamique. 13- Les radios Taliban doivent être sous controle. 14- Les Taliban doivent laisser les femmes travailler sans peur.

Dès la signature des accords, les Taliban ont commencé a harceller les femmes, les petites filles qui allaient a l’école, les barbiers et les vendeurs de musique. Les responsables des campagnes de vaccinations ont été expulsés de la province. Les policiers étaient régulièrement pris en otage s’ils se permettaient de défendre les fillettes. Abandonnées par les autorités pakistanaises, les populations locales se sont retrouvées sous le joug des talibans. En l’espace de six mois, toutes les écoles pour filles ont été réduites en cendre et une partie de la population s’est déjà exilée.

En réaction, certains villageois ont mis en place des milices anti-taliban pour permettre aux filles d’aller a l’école, le libre accès aux cliniques et aux cybercafés. Le 14 août 2008, dans la région de Swat, six talibans ont ainsi été tués par des miliciens après qu’ils aient attaqué le poste de police de Buner. Rauf Khan, maire de Buner, avait déclaré : « Nous sommes à l’avant garde, d’autres vont nous suivre ».

Mais du côté des grandes villes pakistanaises, aucune réaction. Jusqu’à présent, tout le monde se contentait d’une situation mixte : les pleins pouvoirs aux talibans quand ils arrivaient dans un village, et un pouvoir partagé quand ils acceptaient de venir sans armes dans un tribunal.

Le 16 février, tout a réellement changé. Au lieu d’attendre un improbable cessez-le feu pour livrer les populations aux taliban, le gouvernement d’Islamabad a demandé à l’armée de ne plus intervenir, même quand ils étaient pris pour cible. Une débacle sans condition.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

Encadré

En attendant la vraie charia

Deux jeunes étudiantes-infirmères chrétiennes viennent d’être accusées de blasphème à Lahore. Si la loi est appliquée, elles risquent la peine de mort. Leur crime : avoir affiché dans leur école une image du Christ crucifié. Selon le Coran, le Christ n’est pas mort en croix et, de plus, il est interdit de représenter un prophète de l’islam. Selon la commission Justice et paix de la conférence épiscopale pakistanaise, 650 personnes ont été arrétes pour blapshème depuis 1988. 80 chrétiens sont encore en prison. 20 personnes ont été tuées par la population. La plupart des victimes sont des Ahmadi, une secte issue de l’islam non reconnue par le Pakistan. Considérés comme non musulmans, ils sont régulièrement accusés de blasphéme.

CF et FV

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Le retour des lèche-foetus

Le 25 janvier dernier, 20 000 personnes scandaient « Avorter c’est tuer » dans les rues de Paris. Dernière étincelle d’un mouvement en voie de disparition ou réélle recrudesence ?

On connaît les trois tendances du mouvement contre le droit de choisir en France. D’abord, le lobbying contre les élus pour qu’ils restreignent l’avortement. Respectable quand il s’agit de défendre ses position, il arrive que cela puisse aller jusqu’au harcèlement (cœur de boeuf par la poste, petits cerceuil…). Ensuite, les « foyers d’accueil » pour des jeunes femmes enceintes en difficulté. On se souvient de celui de la Roche-sur-Yon (voir Charlie N°XX), dont le directeur avait été condamné en mars 2008 à 15 ans de prison pour viols agravés, agressions sexuelles agravées et harcèlement sexuel et moral… Enfin, le contact direct avec les femmes et les équipes soignantes, par le biais de « happenings », ou pire, de commandos. Jamais respectable, toujours traumatisant.

Si le terreau provie est assez constant depuis le milieu des années quatre-vingt (63 associations, quelques milliers de militants actifs, 800 extrémistes désireux de passer du temps en prison), les circonstances sont capable de le faire prospérer. En 1986, le grand retour de l’ordre moral et celui de la droite au pouvoir ont lancé la mode des commandos anti-IVG. Les financements avaient accouru du monde entier. Les féministes se sont remobilisées, ont fait voter la loi Neiertz contre les commandos., et, plusieurs procès plus tard, les assaillants de cliniques, exangues, se sont calmés. La mode semblait passée. Même la droite caholique chiraquienne ne jurait plus que par la laïcité, surtout face à l’Islam.

L’actuelle droite au pouvoir, elle, se veut plus « positive ». Son côté bling-bling le ferait presque oublier, mais ce gouvernement compte quand même quelques brebis susceptibles de tendre l’oreille au lobby anti-avortement. Comme Christine Boutin, bien sûr, qui a encore récemment envoyé une lettre de soutien aux « semeurs d’espérance », un groupe chrétien provie. Le pape est en grande forme également, et envoie des signaux en réintégrant les pires extremistes.

Moralité, bien que la chose soit peu médiatisée, on peut dire sans se tromper que les provie ont retrouvé la pêche. Sites internet de prévention et d’éducation à la sexualité attaqués, militantes du Planning familial suivies jusqu’à leur domicile, harcelées sur leur travail de lettres anonymes criblées d’insultes et d’injures, centres IVG mis à sac, comme à Grenoble… Depuis début 2008, pas moins de 29 manifestations-commandos ont eu lieu. Sans parler des 12 « rosaires pour la vie » : des chaînes de prières contre le droit à l’avortement, qui se tiennent chaque année dans chaque cathédrale… Avis aux spécialistes des langues anciennes : comment traduit-on IVG en latin ?

C. Fourest et F. Venner

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Pas de plan de relance pour le Planning familial

En dimimuant de 42% les crédits du conseil conjugal et familial, l’Etat se risque à devoir payer une facture drôlement salée en termes de vivre-ensemble, de santé, de droits des femmes, de laïcité et même de déficit public.

On croyait tout connaître du libéralisme prédateur : démantelement du service public, précarisation des salariés… Le désengagement de l’Etat a un autre revers : faire un joli cadeau aux intégriste en cassant le dos de ceux qui se battent au quotidien pour le droit à l’éducation à la sexualité. Dans le plan de finance 2009, le budget alloué aux missions de conseil conjugal et familial va diminuer de 42 %. Autrement dit, l’Etat programme la suppression a court terme des actions d’information, d’éducation et de prévention dans les domaines de la sexualité.

Prévention des MST, lutte contre la violence entre garcons et filles, information sur le sida, sur la sexualité, prévention des grossesses adolescentes, contraception et IVG, toutes ses actions seront touchées. Et ce malgré l’article 1 de la Loi 73-639 qui oblige l’état à assurer sa responsabilité nationale pour l’information, l’éducation à la sexualité, et la prévention pour toutes et tous. Pour le Planning familial, le manque à gagner sera terrible. C’est lui qui organise et coordone la plupart de ces programmes à destination de 450 000 personnes chaque année.

On devine l’argument. Faire des économies. Mais imagine-t-on ce que sera la société française sans ces programmes d’accompagnement ? Et ce que cela coûtera en termes de santé publique ? Qui déconseillera au jeunes d’avoir une relation sexuelle non protégée ? Les religieux, adeptes de l’abstinence ? Les Etats-Unis ont adhéré à la recette, avec l’explosion de grossesses adolescentes que l’on connait. Qui initiera à l’éducation sexuelle ? Les films pornos téléchargés sur internet ?

On aurait pu esperer que les Conseils régionaux (quasi tous de gauche) prennent le relais. L’année dernière, le conseil régional d’Ile de France lancait une campagne « Sexualité, Contraception, Avortement – un droit, mon choix, notre liberté » dans le métro parisien. Un succès. Des centaines de jeunes sont venus poser des questions. Mais, au moment de lancer la seconde campagne, du 20 au 29 janvier, les élus ont eu la surprise de constater qu’elle serait sans doute la dernière. Pendant un an, les provie se sont manifestés en nombre auprès du Président du conseil régional, Jean-Paul Huchon. Près de 10 000 personnes ont protesté contre le financement par de l’argent public, de la « campagne de mort » et envoyé des courriers massifs pour dissuader d’autres présidents de Conseils régionaux de suivre cet exemple. Avec un certain succès, puisque l’initiative francilienne n’a pas fait tache d’huile. Il aura fallu toute l’énergie d’élus regionaux autour de Francine Bavay, pour que la campagne soit reconduite. Sans la mobilisation du public, elle ne le sera pas l’an prochain.

C. Fourest et F. Venner

http://www.planning-familial.org/petition-defense-loi-neuwirth/index.php

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