Offensive contre la charia sauce à la menthe

Comme au Canada, des militants laïcs anglais mènent campagne contre l’existence de cours de justice communautaires basées sur la charia.

« Une loi pour tous ». C’est sous ce slogan que des féministes et des laïcs sont partis en guerre contre des simulacres de justice qui fleurissent en Grande-Bretagne : les sharia court. Des tribunaux communautaires, tenus au mieux et dans la version light par les Frères musulmans. Quant au pire, la version carrément hard trash, on la trouve au Tribunal de la Shariah, fondé par le groupe d’Omar Bakri al Muhadjirun, qui prône le jihad et a mené campagne contre Salman Rushdie.

Mais dans tous les cas, ils sont constitués d’imams rétrogrades qui appliquent une seule loi, la loi islamique. Au risque d’être souvent en contradiction avec le droit familial commun, puisque la charia consacre le patriarcat au détriment de l’égalité hommes-femmes. Ainsi, une femme ne peut hériter que de la moitié d’un homme, la garde des enfants de plus de 7 ans va automatiquement au père, les pensions alimentaires sont plus défavorables aux femmes — l’homme n’est tenu d’épauler son ex-épouse pendant seulement quatre mois… « Le problème, c’est que ces femmes ignorent qu’il existe une autre justice, la vraie », explique Maryam Namazie, l’organisatrice de « Une loi pour tous ».

Exemple, cette jeune femme pakistanaise de 13 ans. Sa famille l’a mariée par téléphone à un homme de 40 ans, handicapé mental. Mais le Home Office a refusé de valider l’union. Pas le conseil islamique de la charia. Il a convaincu la jeune pakistanaise que son mariage correspondait parfaitement aux normes religieuses. Une autre jeune femme de 30 ans a dû consulter trois imams avant d’obtenir le divorce religieux d’avec son cousin. Des femmes battues se voient très souvent conseillées… de prendre leur mal en patience.

Les islamistes soft, comme les Frères musulmans anglais, se verraient bien jouer les médiateurs et demandent de meilleures formations. À les écouter, une bonne compréhension de la charia permettrait de lutter contre les mariages forcés (interdits en principe en Islam). Ils oublient de dire qu’en échange, la Grande-Bretagne légitime un droit familial patriarcal autorisant entre autres la polygamie ou le fait d’épouser une mineure…

Co organisatrice de la campagne « Une loi pour tous », Gina Khan se souvient de l’arrivée en Angleterre de ses parents : « Mon père avait une autre femme restée au Pakistan, ma mère s’est appuyée sur la loi civile pour le faire divorcer. Je crains que les nouvelles générations de migrants n’aient même plus ce réflexe ». D’autant qu’une procédure devant un tribunal islamique communautaire coûte moins cher que de prendre avocat pour aller devant la justice anglaise…

« discriminants et injustes »

Les féministes et les laïcs refusent par principe ces exceptions au droit familial commun, qui transforment les femmes musulmanes anglaises en sous-citoyennes. Comme au Canada, le combat est surtout mené par des féministes de culture musulmane. En Ontario, la figure de proue s’appelait Homa Arjomand, réfugiée politique d’origine iranienne. Sans son énergie et le succès international de sa pétition sur internet (www.nosharia.com), le Canada se dotait de tribunaux islamiques. Non seulement, le gouvernement ontarien a finalement reculé mais il a dû renoncer à une loi de 1991 validant les arbitrages familiaux de tous les tribunaux religieux.

Un exemple qui donne espoir à Maryam Namazie, une autre réfugiée politique iranienne, mais qui a choisi d’émigrer an Angleterre. Elle ne supporte plus de voir le multiculturalisme anglais mis au service de la ghettoïsation et du « deux poids deux mesures » en matière de droit familial : « Ces tribunaux sont discriminants et injustes ». Sa campagne a reçu le soutien d’organisations laïques comme la National Secular society, celui d’écrivains comme Ayaan Hirsi Ali ou Taslima Nasreen, ainsi que celui de Homa Arjomand. Souhaitons lui le même succès qu’en Ontario. Même si l’Angleterre pourrait être plus dure à convaincre. Au pays de l’anglicanisme, où le politique n’a jamais vraiment cessé de flirter avec le religieux, l’évêque de Canterbury s’est d’ores et déjà prononcé pour la reconnaissance légale de ces tribunaux islamiques.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

Charlie Hebdo, 1er janvier 2009

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