Archives mensuelles : janvier 2008

Dieu, ministre d’ouverture de Nicolas Sarkozy

À Latran comme à Ryad, le chanoine Sarkozy a confirmé toutes nos craintes : son pontificat sera désespérément hostile à l’esprit de 1905.

Le Vatican n’en revient toujours pas. Jamais un président français n’avait martelé avec autant de conviction combien les racines de la France « étaient essentiellement chrétiennes ». Dans son élan, la France monarchique de droit divin, « fille aînée de l’Église », a subtilement été revalorisée au détriment de la France de 1789 et de 1905. L’Histoire de France lui pardonnerait si notre président parlait du passé. Mais ces « racines essentiellement chrétiennes », Nicolas 1er entend bien les conjuguer au présent : « Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale ». Voilà donc le christianisme devenu le ciment de notre « identité nationale ». Quand on vous disait que cette notion sentait le renfermé…

Pour le reste, le discours de Latran ne fait que reprendre le credo de son livre, La République, les religions et l’espérance, paru en 2004. Nicolas Sarkozy y affirmait déjà la supériorité de « l’espérance spirituelle » sur « l’espérance sociale » : « Pour fondamentale qu’elle soit, la question sociale n’est pas aussi consubstantielle à l’existence humaine que la question spirituelle ». À l’entendre, depuis le siècle des Lumières, aucune « morale laïque » — ni l’« émancipation des individus », ni la « démocratie » — n’aurait « été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence ». Il dit rejoindre Benoît XVI sur ce point. Sauf qu’il n’est pas pape mais président de la République. Autrement dit chargé de l’espérance sociale et non de l’espérance spirituelle… Même François Bayrou, pourtant très chrétien, y voit un retour inquiétant à la religion comme « opium du peuple ».

Le pouvoir d’achat n’est pas au rendez-vous ? Ne désespérez pas. Sniffer plutôt un peu de « politique de civilisation ». Dans sa miséricorde, au cas où il vous resterait un gramme de cerveau critique disponible, le président a prévu d’étendre la culture du pavot à hosties : « Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de tout forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y est beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ». Autrement dit, plus de Français qui croient…

Le programme est clair. Les athées sont des incapables dépressifs, les caisses sont vides pour financer l’espérance sociale, alors on incite les religieux à prendre les choses en main. Notamment en banlieue. Nicolas Sarkozy déplore souvent qu’elles soient devenues « des déserts spirituels ». Comme si la confessionalisation du lien social dans les quartiers populaires était une priorité. Le plan n’a pas changé depuis son passage au ministère de l’Intérieur, alors qu’il était chargé des relations avec les cultes : refuser que la police s’occupe du lien social… Pour mieux le laisser aux imams — même radicaux — que l’on appelle à la rescousse quand les voitures crament.

À Latran, il a trouvé « injustes », les critiques sur la façon dont il a mis en place le Conseil français de culte musulman. À Ryad, il a redit sa volonté de « faciliter la construction de Mosquées en France ». En présence des hauts dignitaires de la monarchie wahhabite, il a tenu à définir l’intégrisme comme la « trahison de la religion » et non comme son excès. De toute façon, « Dieu n’asservit pas l’homme mais le libère ». Heureusement. Car notre président l’a décrété : « Dieu est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme ». Amis athées, retournez à votre dépression, vous n’appartenez plus au genre humain…

Caroline Fourest et Fiammetta Venner
Paru dans Charlie Hebdo (23 janvier 2008)

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Après la discrimination positive, la « laïcité positive »

Le président appelle de ses vœux une « laïcité positive ». Ce qui revient à dire que la laïcité française actuelle est « négative ». En fait de « positive attitude », il s’agit d’ouvrir une brèche dans la séparation entre le politique et le religieux, pour faire évoluer la laïcité française vers une laïcité plus américaine, le modèle absolu de Nicolas Sarkozy dans ce domaine.

Si la fronde des laïques tient bon, il renoncera à modifier l’article 2 de la loi de 1905, interdisant de reconnaître ou de subventionner le culte. En revanche, il faudra une mobilisation massive — par exemple à l’occasion de la venue prochaine du pape — pour le dissuader de parvenir au même résultat en coupant la fine membrane existant entre les associations cultuelles (type 1905) et culturelles (type 1901). Car cela reviendrait à autoriser le financement du culte par le biais du culturel. C’est la demande formulée par la Fédération protestante de France, poussée au prosélytisme depuis l’expansion des Églises évangéliques. Un mouvement que Nicolas Sarkozy juge « évidemment positif par son dynamisme et le renouveau dont il est porteur ».

Encore cinq ans et le président de la République française prêtera serment sur la Bible. Tandis que nos banlieues ressembleront au Bronx. Des déserts sociaux, où les Églises évangéliques et les Centres islamiques se disputent le ciel en guise d’espoir.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

Paru dans Charlie Hebdo (23 janvier 2008)

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Jean-Paul Bolufer, chrétien conservateur et provie, se moque du Monde

Le 20 décembre, Jean-Paul Bolufer, directeur de cabinet de la ministre du logement Christine Boutin, a démissionné. Cette démission fait suite à un article du Canard Enchaîné ayant révélé qu’il occupait un appartement de 190m2 dans le quartier de Port-Royal, avec vue sur la chapelle du Val-de-Grâce, au prix de 6,30 euros le m2.

La presse a largement couvert l’événement en rappelant le caractère très conservateur de ce catholique fervent, comme le sont très souvent les collaborateurs de Christine Boutin (à part Fadela Amara bien sûr).

Suite à un article du Monde, Jean-Paul Bolufer, a jugé bon d’envoyer cette mise au point : « Me présenter comme un « catholique conservateur » « ancien militant contre l’avortement » est une caricature ridicule. J’appartiens à la famille des chrétiens sociaux et milite notamment à Evangile et Société, qui est une association oecuménique diffusant l’enseignement social. »

Bolufer se moque du Monde. Formé par la Cité Catholique, une association intégriste, Jean-Paul Bolufer est bien un catholique conservateur anti-avortement.

Si « Evangile et société » se présente comme un think tank plutôt pluraliste, il est loin d’incarner le progressisme en matière de droit de choisir ! En 2007, Jean-Paul Bolufer a d’ailleurs participé — en tant que représentant de « Evangile et société » — à une campagne menée par la Fondation Jérôme Lejeune pour sensibiliser les candidats à l’élection présidentielle contre l’avortement.

Dans l’adresse aux candidats, on pouvait lire : « le respect de la vie est devenu en quelques décennies un principe relatif. De l’avortement à l’euthanasie, en passant par l’instrumentalisation de l’embryon, tout indique que notre société s’oppose de moins en moins à la dérive eugénique (…) Nous attirons aussi l’attention sur la famille et sur le rôle irremplaçable qu’elle tient dans la structuration durable des personnes et des sociétés. »

Fiammetta Venner

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