janvier 23, 2009

Sortie de “Chronique de l’intégrisme ordinaire”

INVOQUER DIEU pour opprimer, intimider, arrêter, emprisonner
ou tuer est un mal très répandu. Pas une semaine sans
qu’une affaire éclate dans un coin du monde/ Les
affaires mettant en scène l’islam sont souvent plus spectaculaires,
plus meurtrières, et donc logiquement plus répercutées.
D’autres affaires, tout aussi insensées, passent parfois inaperçues.
Pourtant, au quotidien, le théâtre de l’intégrisme met en
scène des personnages issus de toutes les religions. Y compris
dans des régions du monde jusqu’ici très hostiles au religieux,
comme la Russie où l’effondrement de l’idéologie communiste
a laissé place à un retour en force de l’idéologie religieuse à
connotation politique. Lorsqu’un commando d’intégristes russes
orthodoxes décide de saccager une exposition présentant des
oeuvres jugées blasphématoires à Moscou, certains membres de
la Douma leur donnent raison. Et les défenseurs de la liberté
artistique finissent licenciés. Les affaires de blasphème sont
redevenues si nombreuses qu’un ouvrage pourrait y être consacré
chaque année. J’ai choisi de m’arrêter sur 2008. Et de ne pas
focaliser uniquement sur les affaires les plus graves ou les plus
meurtrières, mais de prendre une photographie de tous ces
petits faits divers et actualités qui font le quotidien. Une année
d’intégrisme ordinaire.

fiammetta venner

janvier 23, 2009

Chat 20 minutes

Fiammetta participera au Chat de 20 minutes

janvier 22, 2009

Tabassages communautaires

Les petits nervis de la LDJ disent ne pas vouloir importer le conflit Israélo-Palstenien, mais tabassent volontiers des lycéens français d’origine magrébine sous prétexte de défendre Israël…

Les ratonnades ne sont plus ce qu’elles étaient. Jadis, des skins, parfois beurs comme Batskin, tabassaient indistinctement juifs et arabes. Aujourd’hui, tout fout le camp et se communautarise. Jeudi 8 janvier, trois lycéens de Janson-de-Sailly, âgés de 15 à 17 ans — dont deux d’origine tunisienne — sont pris à partie et tabassés par un groupe de 7 sept militants pro-israéliens venus distribuer des tracts de la Ligue de défense juive.

Assez récente en France, la LDJ n’en n’est pas à son premier coup de poing. Il s’agit de la branche française de la Jewish Defense League, considérée comme un groupe terroriste par le FBI. Son fondateur, Meir Kahane, cumule les tares. Ultra-nationaliste et ultra-religieux, il sera exclu de la Knesset — où il a  été élu en 1984 — pour racisme. Avant de se finir assassiné à New York.

Quand la LDJ s’implante en France, elle le fait sur les ruines du Betar, dont elle recupère les militants les plus excités. Autant le Betar était proche du Likoud, autant la LDJ considère le Likoud comme un parti trop attaché à la démocratie.

Sur le territoire français, la LDJ incite « les Juifs de France à assurer par eux-mêmes leur protection contre leurs agresseurs ». Feignant d’assurer la protection de commerçants juifs, on peut les voir patrouiller dans le quartier parisien du Marais, talkie-walkie au poing et regard agressif pour tout ce qui ne porte pas une kippa. Il leur arrive aussi de bousculer le service d’ordre d’organisations non extrémistes juives lors de manifestations, où leurs troupes se reconnaissent à leur excitation et à leur sigle : un poing serré sur un drapeau jaune.

Lors de la manifestation en mémoire de Ilan Halimi, la LDJ tentera d’introduire Philippe de Villiers dans le carré de tête. SOS Racisme l’en sortira. Mais leur fonds de commerce consiste surtout à casser la gueule à toute personnalité antisémite (il y a de quoi s’occuper) : Alain Soral, Dieudonné. Au risque d’avoir les mêmes méthodes que la Tribu Ka…

Ceux qui se présentent comme les « gardes du corps de la communauté » s’expliquent à visage flouté : « On est la pour redresser l’image du juif. Montrer que les juifs ne sont pas des victimes ». Objectif réussi. Grâce aux efforts conjoints des Israéliens à Gaza et de la LDJ en France, ce sont les antisémites et les militants du Hamas qui passent pour des victimes.

C. Fourest et F. Venner

janvier 7, 2009

France O

Fiammetta Venner sera sur France O pour parler de l’”islamophobie”

janvier 3, 2009

Offensive contre la charia sauce à la menthe

Comme au Canada, des militants laïcs anglais mènent campagne contre l’existence de cours de justice communautaires basées sur la charia.

« Une loi pour tous ». C’est sous ce slogan que des féministes et des laïcs sont partis en guerre contre des simulacres de justice qui fleurissent en Grande-Bretagne : les sharia court. Des tribunaux communautaires, tenus au mieux et dans la version light par les Frères musulmans. Quant au pire, la version carrément hard trash, on la trouve au Tribunal de la Shariah, fondé par le groupe d’Omar Bakri al Muhadjirun, qui prône le jihad et a mené campagne contre Salman Rushdie.

Mais dans tous les cas, ils sont constitués d’imams rétrogrades qui appliquent une seule loi, la loi islamique. Au risque d’être souvent en contradiction avec le droit familial commun, puisque la charia consacre le patriarcat au détriment de l’égalité hommes-femmes. Ainsi, une femme ne peut hériter que de la moitié d’un homme, la garde des enfants de plus de 7 ans va automatiquement au père, les pensions alimentaires sont plus défavorables aux femmes — l’homme n’est tenu d’épauler son ex-épouse pendant seulement quatre mois… « Le problème, c’est que ces femmes ignorent qu’il existe une autre justice, la vraie », explique Maryam Namazie, l’organisatrice de « Une loi pour tous ».

Exemple, cette jeune femme pakistanaise de 13 ans. Sa famille l’a mariée par téléphone à un homme de 40 ans, handicapé mental. Mais le Home Office a refusé de valider l’union. Pas le conseil islamique de la charia. Il a convaincu la jeune pakistanaise que son mariage correspondait parfaitement aux normes religieuses. Une autre jeune femme de 30 ans a dû consulter trois imams avant d’obtenir le divorce religieux d’avec son cousin. Des femmes battues se voient très souvent conseillées… de prendre leur mal en patience.

Les islamistes soft, comme les Frères musulmans anglais, se verraient bien jouer les médiateurs et demandent de meilleures formations. À les écouter, une bonne compréhension de la charia permettrait de lutter contre les mariages forcés (interdits en principe en Islam). Ils oublient de dire qu’en échange, la Grande-Bretagne légitime un droit familial patriarcal autorisant entre autres la polygamie ou le fait d’épouser une mineure…

Co organisatrice de la campagne « Une loi pour tous », Gina Khan se souvient de l’arrivée en Angleterre de ses parents : « Mon père avait une autre femme restée au Pakistan, ma mère s’est appuyée sur la loi civile pour le faire divorcer. Je crains que les nouvelles générations de migrants n’aient même plus ce réflexe ». D’autant qu’une procédure devant un tribunal islamique communautaire coûte moins cher que de prendre avocat pour aller devant la justice anglaise…

« discriminants et injustes »

Les féministes et les laïcs refusent par principe ces exceptions au droit familial commun, qui transforment les femmes musulmanes anglaises en sous-citoyennes. Comme au Canada, le combat est surtout mené par des féministes de culture musulmane. En Ontario, la figure de proue s’appelait Homa Arjomand, réfugiée politique d’origine iranienne. Sans son énergie et le succès international de sa pétition sur internet (www.nosharia.com), le Canada se dotait de tribunaux islamiques. Non seulement, le gouvernement ontarien a finalement reculé mais il a dû renoncer à une loi de 1991 validant les arbitrages familiaux de tous les tribunaux religieux.

Un exemple qui donne espoir à Maryam Namazie, une autre réfugiée politique iranienne, mais qui a choisi d’émigrer an Angleterre. Elle ne supporte plus de voir le multiculturalisme anglais mis au service de la ghettoïsation et du « deux poids deux mesures » en matière de droit familial : « Ces tribunaux sont discriminants et injustes ». Sa campagne a reçu le soutien d’organisations laïques comme la National Secular society, celui d’écrivains comme Ayaan Hirsi Ali ou Taslima Nasreen, ainsi que celui de Homa Arjomand. Souhaitons lui le même succès qu’en Ontario. Même si l’Angleterre pourrait être plus dure à convaincre. Au pays de l’anglicanisme, où le politique n’a jamais vraiment cessé de flirter avec le religieux, l’évêque de Canterbury s’est d’ores et déjà prononcé pour la reconnaissance légale de ces tribunaux islamiques.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

Charlie Hebdo, 1er janvier 2009

septembre 2, 2008

Fiammetta Venner sera ce soir sur France 24 à 19h pour parler de Sara Palin

juillet 30, 2008

Heureux comme un Chinois en Afrique du Sud

 

En Afrique du sud, alors que les Zimbabwéens se font attaquer et raccompagner à la frontière, les produits chinois entrent sans payer de taxes et les Chinois d’Afrique du sud vont bénéficier de la discrimination positive pensée pour aider les victimes de l’apartheid…

 

Mr Wong était policier en Chine. Un métier dont on démissionne rarement. Aujourd’hui, comme plusieurs de ces compatriotes, il vend des sushis dans le Mpumalanga, l’une des régions les plus orientales d’Afrique du Sud, à deux heures de Johannesburg. Comme d’autres compatriotes, il importe tout ce qu’il veut sans acquitter de taxes et peut, s’il le désire, accéder à la nationalité sud-africaine plus facilement qu’un Mozambiquain, qu’un Zimbabwéen ou qu’un Anglais.

Les petites facitilités offertes aux Chinois en Afrique du Sud commencent à faire grincer des dents. Y compris au sein de certains milieux d’affaires blancs préoccupés par la protection de l’environnement et par la situation au Zimbabwe. Navires débordant d’armes pour Mugabe, commerce illégal d’espèces en voie de disparition, les affaires impliquant la Chine se multiplient. La dernière en date a suscité la réprobation de la plupart des associations de juristes et de droits de l’Homme.

Le 18 juin 2008, le tribunal de Pretoria rendait un jugement historique. Les Chinois sont désormais considérés comme des citoyens Noirs. Plus précisement, ils peuvent bénéficier du Black Economic Empowerment, une sorte de « discrimination positive » interdisant d’employer un Blanc si un Noir peut faire le même travail. L’argument invoqué est que les Chinois étaient considérés comme métis pendant l’apartheid et donc soumis aux mêmes discriminations que les Noirs. Il serait audible si cette mesure était reservée aux seuls victimes de l’apartheid. Mais tout le monde sait bien que ce jugement vise surtout à faciliter l’embauche des migrants chinois au détriment des Noirs sud-africains, dans un pays ou une personne sur deux ne trouve pas de travail. Ce qui présage de belles heures de coexistence pacifique quand on connait le sort réservé aux migrants Zimbabwéens, que certains Sud-africains noirs accusent de voler leur travail… L’autre revers de cette décision pourrait être la suppression déguisée du Black Empowerment, dont un nombre grandissant de Sud-africains voudraient se débarrasser.

Le jugement de Prétoria n’est une étape de plus dans la coopération cordiale existant entre la Chine et l’Afrique du Sud, qui se serrent les coudes au Conseil de Sécurité de l’ONU pour empêcher toute résolution obligeant Mugabe, le dictateur zimbabwéen, à respecter le choix de son peuple. De son côté, l’Afrique du Sud s’est engagée a considérer Taiwan comme faisant partie intégrante de la Chine.

Il faut dire que depuis le 6 février 2007, Thabo Mbéki et le président chinois Hu ont signé un « accord de coopération  politique, économique et commercial ». Au terme de cet accord, les marchandises des deux pays sont exonérées de taxes à l’importation. L’accord pourrait paraître équitable. Sauf que les marchandises sud-africaines sont destinées à l’Etat chinois (matières premières, produits miniers…), tandis que les produits chinois envahissant le marché sud-africain sont des produits manifacturés destinés à la population et concurrencent les productions locales. Dans les villes sud-africaines, les « chinashop » font petit à petit leur apparition dans chaque zone commerciale.

Autre point non négligeable de cet accord, les deux parties vont « activement promouvoir un image positive sur les relations cordiales existant entre la Chine et l’Afrique et travailler pour dissiper tout reportage et opinion négative à cet égard. » En d’autres termes, il est strictement interdit aux organes de presse dépendant du pouvoir (les chaines de télévisions et quelques journaux) de dire du mal du gouvernement chinois. La situation des tibétains ou des ouighours, mais aussi le trafic des espéces en voie de disparition, sont des sujets tabous.

Enfin, dernier point fondamental d’accord entre les deux pays : le sida. Ni la Chine ni l’Afrique ne sont décidés à le considérer comme une pandémie. La Chine reste dans le déni. Tandis qu’en Afrique du sud — où 7 million des 47 million d’habitant sont atteints par le virus — la ministre de la Santé s’évertue à vouloir soigner les malades à base de vitamines C, d’huile d’olive et de citron. Un remède homéopathique qui réussit aussi bien au sida qu’aux dictateurs : les deux auront bon pied bon œil dans la « Chinafrique »1 en train de se dessiner.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

 

1 – Lire La Chinafrique, de Michel Beuret et Serge Michel, Ed. Grasset.

 

 

 

 

mai 16, 2008

« Il faut renverser ce gouvernement de traitres qui cherche à faire un coup d’etat » a expliqué un porte-parole du Hezbollah.

 

Rétablir son autorité sur le territoire est donc « un coup d’Etat ». Ce n’était pourtant pas grand chose. Lasse de circuler en voiture blindée pour échapper aux escadrons de Damas, la majorité anti-syrienne a demandé que le chef de la sécurité de l’aéroport ne soit plus aux ordres du Hezbollah. Elle a également réclamé une enquête sur un réseau de télécommunications alternatif offert par l’Iran. Il permettait d’écouter chaque libanais, boucher, surfeur ou ministre. Une « déclaration de guerre » a même déclaré Hassan Nasrallah. En quelques heures, la seule milice non désarmée depuis la fin de la guerre civile a envahit Futur TV, télévision proche de la famille Hariri, s’est servie de son réseau de télécommunications parallèle pour commander ses troupes, s’est déployée dans Beyrouth Ouest, a coupé les communications (hormis les siennes), les liaisons terrestres et l’aeroport. Effet réussi au centre de Beyrouth. Mais de violents combats ont pris le relais à Choueiffat, zone tampon entre Beirut et la montagne druze, ainsi qu’à Tripoli. Selon un plan de bataille visiblement bien préparé. Tandis que les chaines de télé parlaient d’un retour aux affrontements interconfessionnels, les beyroutins avaient plutôt l’impression d’assister au deploiement professionnel d’une armée surentrainée Une impression corroborhée par Al Mustaqbal. Le 14 mai, le journal libanais révélait qu’une réunion visant à préparer cette crise s’est tenue en présence de gardiens de la révolution iraniens, du Hezbollah et les groupes chiites irakiens.

Malgré l’inquiétante démonstration de force, les chaines de télé françaises ont continué à désigner le Hezbollah comme un « mouvement issu de la resistance », tout en qualifiant la majorité parlementaire de « gouvernement pro-occidental ». De quoi ravir les militants des Indigènes de la République qui ont défilé le 8 mai dernier sous des pancartes rendant hommage à Nasrallah… Même au Quai d’Orsay, le Hezbollah est considéré comme un partenaire légitime. Qu’importe les otages français des années 80, les attentats suicides de 1983 ayant frappé l’immeuble du Drakkar qui abritait les forces francaises d’interposition (58 parachutistes tués dans l’effondrement de l’immeuble du Drakkar). Qu’importe qu’encore récemment, la milice s’est permise d’arrêter et de retenir le délégué représentant du Parti socialiste français à l’Internationale, Karim Pakzad.

C’est que le Parti de dieu est en position de force. La lune de miel entre le Hezbollah, la Syrie et l’Iran est scellée par l’argent et l’instabilité politique. Non seulement, le Hezbollah est entrainé par des formateurs iraniens, mais toute sa force sociale et caritative tient à la perfusion financière de l’Iran et de la Syrie. Si par miracle, un Etat de droit parvenait à s’instaurer au Liban, si l’armée multiconfessionnelle sillonnait l’ensemble du territoire en toute sécurité, l’existence même de cette milice religieuse n’aurait plus aucun sens. L’Iran et la Syrie perdraient leur capacité à susciter le chaos, donc à négocier sur certains dossiers génants. Si le Hezbollah ambitionnait sincèrement d’être un parti parmi d’autres, le parti de Dieu n’aurait jamais choisi de tourner ses armes contre d’autres libanais, au risque de perdre la stature de résistants gagnée en 20 ans de guerilla contre Israël. Même les chrétiens s’étaient sentis solidaires pendant la dernière invasion de l’enemi juré ! Mais le Hezbollah s’en moque. Avec ce coup de force, il a montré à ceux qui en doutaient encore qu’il suffisait d’un ordre de Téhéran pour transformer le Liban en République islamique. Le Hezbollah n’est pas un parti mais une milice, l’avant poste de l’Iran et de la Syrie à la frontière israélienne sur une terre qu’ils n’ont jamais aimé.

 

Fiammetta Venner

avril 16, 2008

Le gouvernement encourage les écoles privées catholiques à s’implanter en banlieue

C’est une nouvelle qui pourrait bien rallumer la guerre scolaire. Le gouvernement déshabille l’école publique pour mieux aider l’école privée catholique à “évangéliser” les banlieues.Sitôt révélé par le site Mediapart, le projet d’un fonds spécifique destiné à encourager l’implantation de lycées privés catholiques dans les quartiers populaires a mis les laïques et les enseignants sur le pied de guerre.

Le projet fait tache alors que lycéens et professeurs se mobilisent contre la suppression à venir de plus de 11 000 postes d’enseignant dans le public, notamment dans les ZEP. D’autant qu’en principe l’aide publique attribuée aux écoles privées ne peut augmenter si celle accordée à l’école publique augmente, selon la règle coutumière des 80/20 (80 % au public et 20 % au privé).

Il est pourtant dans les cartons depuis le plan « Espoir banlieues », qui prévoit d’« encourager la contribution de l’enseignement privé à l’égalité des chances ». Et comme 80 à 90 % de l’enseignement privé est catholique, suivez mon regard… Le gouvernement voudrait voir « cinquante nouvelles classes » de ce type en banlieue. C’est officiel, l’« espoir en banlieue » s’appelle donc « espérance » et sera porté par le religieux. C’est confirmé, Nicolas Sarkozy préfère le curé à l’instituteur. Et puis, il en est persuadé : l’enseignement privé catholique civilisera « les racailles ». Emmanuelle Mignon, son cerveau catholique, l’un des auteurs du discours de Latran et des propos malheureux sur le « non-problème » des sectes, n’y est pas étrangère. Dès 2006, lors d’une convention de l’UMP, elle plaidait pour que les « familles de banlieue puissent bénéficier du savoir-faire des établissements catholiques et d’un vrai choix entre école privée et école publique ».

Le gouvernement semble persuadé que la guerre scolaire est bien enterrée. « Nous sommes décomplexés », aurait dit Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, au nouveau patron de l’enseignement catholique, Éric de Labarre, venu réclamer qu’on lui « facilite la tâche ».

Le Vatican décomplexé

Les écoles privées catholiques cartonnent et rêvent de grandeur. L’an dernier, elles ont dû refuser 35 000 dossiers. La faute à l’« accommodement raisonnable » de Debré, qui a mis le ver dans le fruit en autorisant le financement des écoles privées sur fonds publics. En 1960, 11 millions de Français signaient une pétition contre. Ils avaient vu juste. Les écoles privées ont largement tiré profit de ce système leur permettant d’avoir le beurre et l’argent du beurre : des frais de scolarité élevés, un droit à la sélection et, en prime, le soutien de l’État. Ces aides permettraient un droit de regard, mais on pourrait très bien imposer ce droit de regard sans verser des fonds qui manquent cruellement au public. Surtout depuis l’objectif de 80 % d’une classe d’âge au bac. Contrairement au privé, le public ne peut pas se permettre d’être trop sélectif. Si en prime on le prive de moyens, si on en diminue le nombre d’enseignants au lieu de diminuer le nombre d’élèves par classe, on empêche mathématiquement le maintien d’un certain niveau.

On condamne donc l’école publique à perdre toute attractivité au regard du privé. D’autant que les écoles privées catholiques sous contrat se gardent bien d’afficher trop ostensiblement leurs convictions religieuses. Du moins, jusqu’ici. Avec Benoît XVI, le Vatican aussi se décomplexe. Certains archevêques, comme celui d’Avignon, appellent depuis un moment les établissements privés catholiques à renoncer à la tolérance postmoderne pour retrouver le chemin d’une vraie éducation catholique. Les banlieusards vont déguster… Mais pas seulement eux. À terme, les écoles confessionnelles sélectives — principalement catholiques, mais aussi musulmanes — auront supplanté le public. Le lien social, la citoyenneté et, bien sûr, la laïcité en sortiront en lambeaux. Le gouvernement se trompe : la bataille pour l’enseignement public, qui est aussi celle pour le respect de la loi de 1905, peut reprendre à tout moment.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

Article paru dans Charlie Hebdo 16 avril 2008

février 24, 2008

Emmanuelle Mignon, l’inspiratrice du chanoine de Latran

On la présente comme le cerveau de Nicolas Sarkozy. L’hémisphère catholique, l’auteure du discours de Latran et de déclarations controversées sur les sectes, pilotait déjà Nicolas Sarkozy dans le sens du bénitier lorsqu’elle était sa conseillère technique au ministère de l’intérieur.

Le mal a empiré lorsqu’elle est devenue directrice de cabinet à l’Elysée. Jusqu’ici, on la connaissait essentiellement pour deux dossiers : la double peine et le plan banlieue. Quand Sarkozy veut réformer la double peine (mais pas trop), cette maître des requêtes au Conseil d’État préside une commission estimant que cette double peine n’était pas “contraire au principe d’égalité”. Quand Fadela Amara peine à accoucher d’un Plan Banlieue qui tienne la route, elle est chargée de pondre une copie de remplacement, baptisée plan « Espoir Banlieue ». Tout un programme quand on sait que chez Nicolas Sarkozy, l’espérance est toujours plus spirituelle que sociale. Et qu’Emmanuelle Mignon est pour beaucoup dans cette inspiration.

Cette Major de l’Ena (René Char, 1995) est passée par les Scouts unitaires de France, dont le fanion est une fleur de lys. Elle ne le cache pas, plusieurs de ses amies ont échoué au monastère de Paray le Monial, le bastion des catholiques charismatiques. Et visiblement, elle a gardé des liens avec ce milieu. C’est elle qui a mis le ministre de l’intérieur en relation avec un ancien ami scout, Philippe Verdin, devenu entre-temps prêtre Dominicain. Elle aussi qui propose à Sarkozy d’écrire un livre sur le religieux, sans trop osé y croire. Sarkozy adore l’idée et le livre — un véritable réquisitoire contre la laïcité à la française — paraît aux éditions du Cerf en 2004. Dans ce livre, le ministre de l’intérieur n’a pas de mot assez enthousiaste pour décrire le « dynamisme évidemment positif » des évangélistes et des « nouveaux mouvements spirituels » (que des associations de vigilances appellent plutôt des sectes).

Bien sûr, quand Sarkozy s’apprête à voir le pape, c’est elle qui dirige la plume. On lui doit notamment cet inoubliable passage : “dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé”. Et quand après le Vatican et Ryad, Sarkozy va faire un tour au CRIF pour équilibrer, c’est encore elle que l’on voit monter au créneau pour défendre l’idée — très controversée — de faire parrainer des enfants juifs morts en déportation par des élèves de 10 ans.

Chargée du verrouillage de l’information, elle avait écrit en décembre une note à l’intention des conseillers du président pour leur interdire toute communication extérieure sans autorisation exceptionnelle. Visiblement, elle ne se l’est jamais envoyée.

Fiammetta Venner, extrait de Charlie Hebdo de février 2008